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Les organisations paysannes du Sud invitent le Nord à « une alliance "

Article parue dans Actuagri

Rencontres internationales Afdi

Les organisations paysannes du Sud invitent le Nord à « une alliance »

- Les organisations paysannes du Sud invitent celles du Nord à conclure un « pacte » paysan pour promouvoir la sécurité alimentaire de toutes les régions du monde et défendre l’agriculture familiale. L’appel a été lancé lors des dernières Rencontres internationales Afdi (Agriculteurs français et Développement international).

- A Amiens, une forte interpellation a retenti le 9 décembre. Celle des organisations paysannes du Sud, notamment africaines, portées par un leader agricole historique, Mamadou Cissokho, président d’honneur du Roppa, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest. Elles ont demandé aux organisations (OPA) du Nord et en particulier la FNSEA, lors des Rencontres internationales Afdi (Agriculteurs français et Développement international), de se mettre ensemble autour d’une table pour conclure une véritable « alliance ».

- L’objectif notamment : peser efficacement face à ce qui se décide à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Mais il ne peut y avoir de pacte entre nous si nous ne sommes pas d’accord sur les fondamentaux qui sont les systèmes de production, la limitation des ressources naturelles, produire quoi et pour qui. A l’international, la FNSEA n’a pas débattu avec nous pour l’instant. Nous devons mettre sur la table ce qui a marché et ce qui n’a pas marché entre nous. Ensuite, nous interpellerons ensemble l’Europe, nos gouvernements. Les paysans du monde sont confrontés à des problèmes similaires », a lancé M. Cissokho devant le réseau Afdi, association de solidarité internationale fondée par les OPA françaises.

La question des APE

- Les paysans africains attendent un franc soutien de la part des OPA du Nord dans leur rejet des Accords de partenariat économique (APE) négociés actuellement entre l’Europe et les 79 pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). Ces négociations sont au point mort ; les APE, qui révisent l’Accord de Cotonou conclu en 2000, devraient ouvrir plus largement les marchés africains aux produits européens, ce que dénonce le Roppa. « Jamais nous avons pu avoir un débat avec les paysans français sur la PAC et les APE », souligne Mamadou Cissokho. Or, selon le président de la CNOP (Coordination nationale des OP) du Mali, Ibrahima Coulibaly, ces accords comportent « le risque d’une grave destruction de nos agricultures ». Le Sud réclame donc une « solidarité » entre paysans : « Le système de développement économique de l’Occident s’est bâti sur une appropriation des ressources et un consensus à l’OCDE autour de termes de l’échange qui empêchent les autres de vivre à leur manière. Tous les paysans du monde doivent pouvoir produire leur nourriture ! » Membre du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de la FAO, Mamadou Cissokho estime aussi qu’il faut « arrêter tous les mécanismes fondés sur les avantages comparatifs à produire », donc revoir la pensée économique en vogue à l’OMC.

- Cependant le sous-développement agricole africain est aussi le fait d’une crise de leadership politique dans certains Etats et Mamadou Cissokho en a conscience : « Nos gouvernants ouvrent nos marchés, ils ne s’occupent pas des paysans et tous les projets agricoles sont portés par la coopération du Nord. » Ibrahima Coulibaly dénonce, lui, l’hypocrisie de certains gouvernants : « Ils critiquent l’agriculture familiale comme étant peu compétitive et archaïque, mais on peut critiquer quelque chose dans lequel on a investi. Or nous n’avons pas accès à des soutiens, des semences améliorées, au crédit, etc. Personne n’a investi dans ces agricultures ! » Et selon lui cette incurie relève d’un « problème de fond en Afrique » : le consensus sur l’agriculture familiale n’existe pas car « il y a une rupture entre les villes et les campagnes et nos leaders politiques, devenus des urbains, ont honte de dire qu’ils viennent d’un village ». Henri Rouillé d’Orfeuil du CIRAD, ancien président de la plateforme d’ONG Coordination SUD, ajoute que les politiques « négocient davantage au niveau international avec des bailleurs de fonds et des organisations internationales ; les OPA du monde entier ont donc intérêt à travailler ensemble car une grande partie du problème est clairement mondiale ».

« Pacte professionnel »

- Dans son rapport d’orientation 2010, Afdi propose « un pacte professionnel agricole » entre paysans du Nord et du Sud. Il s’agit de « stimuler l’application du Droit à l’alimentation » et de « mettre en valeur la capacité des agriculteurs familiaux à proposer des solutions » au défi alimentaire. Il s’agit aussi d’être des acteurs majeurs dans la définition et la mise en place de politiques publiques nationales ou sous-régionales, privilégiant la régulation des marchés. « Nous n’avons assuré qu’un service minimum à peine garanti à la FNSEA vis-à-vis des OPA du Sud ; je veux le dire ici », a déclaré en toute franchise Gérard Renouard à Amiens, président d’Afdi et membre du Bureau de la FNSEA. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, invitée à échanger avec Mamadou Cissokho, a noté l’invitation du Sud à davantage de dialogue et de travail en commun, tout en commentant : « Le pacte proposé est nécessaire parce que le défi alimentaire mondial est essentiel ; la volatilité des prix produit ses effets partout. »

- La FNSEA sait désormais qu’elle est très attendue mais elle demande aux OPA du Sud de « bien différencier ce qui est dit et fait par les OPA françaises de ce qui est dit et fait par la Commission européenne ou notre gouvernement ». Les agriculteurs français « ont toujours rejeté la vision libérale défendue par la Commission et certains pays européens, qui conduit à la fin de toute régulation des marchés », a rappelé Christiane Lambert. Selon elle, les convergences Nord-Sud doivent se fonder sur « la sécurité alimentaire, l’agriculture familiale à responsabilité de capitaux et des régulations contre la volatilité ». La vice-présidente de la FNSEA a également admis certains effets pervers induits par la PAC et les restitutions (subventions aux exportations) en particulier, qui ont aujourd’hui fortement diminué : « Ce mécanisme a été négatif et a peut-être duré un peu trop longtemps ; il pénalise les agricultures du Sud. » Néanmoins, attachée comme au Sud au maintien d’une agriculture sur tous les territoires européens, Christiane Lambert défend les soutiens directs de la PAC : « L’absence de soutiens directs aurait causé aussi chez nous la disparition de très nombreux paysans. »

Auteur : Benjamin Rosier